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Cahier de doléances*- C 263 bis -
Genouillé
(Première
page)
Cahier de plaintes et doléances* et très humbles remontrances
que font au Roy les habitants de la paroisse de Genouillé, de la
Sénéchaussée* de Saint-Jean dAngély,
obéissant à la lettre de Sa Majesté du 24 janvier
dernier et satisfaisant au règlement y annexé et à
lordonnance de Monsieur de Lieutenant général de la
dite Sénéchaussée*. Le tout lu, publié et
notifié suivant les formes prescrites, pour être le dit cahier
présenté par les députés de la dite paroisse
à lAssemblée Générale de la dite Sénéchaussée
qui se tiendra le 16 du présent mois, ainsi quil est réglé
et ordonné.
Remontrent très humblement :
(Seconde page)
Au Roy, les habitants de la dite paroisse, quils nont dautre
faculté ni dautre ressource que dans les fonds quils
cultivent, qui consistent dans des terres dune très difficile
exploitation.
- Une partie formant environ un sixième est des marais desséchés
dun entretien très dispendieux* et dont la production est
très casuelle*
- Lautre partie est mêlée de terre basse et de terre
argileuse dont la culture est difficile et parfois impossible dans les
automnes pluvieux.
Les particuliers ne possèdent point de bois, ou du moins la quantité
en est si mince quelle nest daucune considération.
Ils ne possèdent que quelques vignes dont presque aucun deux
ne tire dautre avantage que pour sa consommation, dailleurs
il ne se fait point de commerce dans la paroisse.
Cependant, avec ces faibles ressources, la dite paroisse est chargée
de six mille neuf cent soixante quatre livres* de taille* en imposition
accessoire. En outre cela, de onze cent cinquante livres* de corvée*,
ce qui forme un total huit mille cent quatorze livres* indépendamment
du vingtième qui a été augmenté de beaucoup
dans une vérification faite en 1779.
Si la répartition eut été mesurée sur le produit
des fonds de cette paroisse, et sur les facultés de ses habitants,
elle naurait certainement
(Troisième page)
pas été portée à une somme aussi exorbitante,
et nous naurions pas été privés de deux ou
trois habitants qui ont été forcés dabandonner
leur bien pour aller demeurer à Rochefort, travailler comme ouvraillers,
et le revenu de ce même bien abandonné, nen peut acquitter
les charges.
Cest dans doute sur des recettes vues dans des années heureuses
quon a augmenté graduellement le taux de cette paroisse sans
égard aux années malheureuses que trop communes dans des
terres de cette nature.
Dailleurs, lair insalubre et la disette deau dans lété
occasionne des maladies fréquentes dans cette paroisse, ce qui,
outre les dépenses quexige leur état, les contraint
à louer des bras étrangers pour faire leurs travaux.
La répartition de la taille* se fait encore dune façon
très injuste. Nous avons des métairies de trois classes.
Nous en avons de la dernière qui payent un tiers plus de taille*
que celles de la première. Pour arrêter ces abus, nous demandons
que le rôle* se fasse à la porte de léglise,
que le jour de la confection soit annoncé au prône*, la convocation
des taillables* au son de la cloche, et que lorsque lassemblée
sera formée, elle se
(Quatrième page)
nomme deux ou trois des plus notables qui jugeront en dernier ressort
de la validité des plaintes et dicteront le rôle* en leur
présence.
Mais les dits-habitants interrompent leur plainte dans la douce espérance
de lheureux changement demandé dune voix unanime par
toute la province et déjà presque accordé par la
bonté du Roy. La justice est déjà instruite du poids
qui accable les campagnes et des abus sans nombre qui ont mis linégalité
dans les répartitions, et de leffet désastreux des
corvées dont les plus pauvres en moyens supportent le plus grand
poids, car les moyens dun colon ne doivent pas être considérés
sur lapparence de sa récolte mais sur ce qui reste entre
ses mains après quil a acquitté les charges
Après avoir fait distraction des frais de culture, des frais de
moisson, du champart* et de la dîme*, le reste considéré
avec les yeux de léquité sera insuffisant pour subvenir
à lentretien de la famille. Cependant, cest sur cette
seule portion que sappliquent la taille* et la corvée*.
Ce ne sont point les seuls abus qui concourent à appauvrir les
dits habitants, le changement quils éprouvent dans le contrôle
des différents actes quils passent nommément dans
leurs contrats de mariage devient encore
(Cinquième page)
une nouvelle taxe pour eux, sans connaître aucune loi nouvelle qui
ait dérogé aux anciens règlements, on exige du simple
journalier le même droit de contrôle que du laboureur à
bufs, les tutelles sont elle-même devenues sujettes au contrôle
et de combien dautres actes judiciaires* ou notariés* on
leur demande des droits qui ne sexigeaient pas auparavant.
Un autre mal inévitable pour les dits habitants est celui quentraîne
après elle leur plus légère contestation sujette
à des formalités de justice et à des degrés
de juridiction ruineuse pour les parties.
Lhomme paisible préfère la spoliation* à la
ruine*, le chicaneur*, lintrigant* commet impunément des
usurpations* pour un objet de vingt sols* de valeur, pour un seul sillon
de terre, les parties (ne) retrouvent la décision de leurs différents
que dans un tribunal souverain situé à trente lieues* de
leur paroisse, une cause personnelle nest jugée quaprès
avoir été portée dans trois tribunaux, linstruction
des procès dont la dépense nest connue des parties
quaprès quelle a opéré leur malheur,
est un fléau pour tout homme non instruit qui ne connaît
pas
(Sixième page)
les extrémités de la carrière que lui fait parcourir
la crédulité de son innocence.
Plaise à la bonté du Roy de proportionner par une loi bienfaisante
les frais de la justice aux facultés des malheureux habitants des
campagnes.
Enfin, nous nous référons aux lumières, à
la sagacité* de Messieurs les rédacteurs du cahier général
de notre ordre pour développer nos vux et nos désirs.
Telles sont les très humbles et très respectueuses plaintes,
remontrances et doléances des habitants de la dite paroisse de
Genouillé, arrêtées en notre assemblée convoquée
au lieu ordinaire et en deux corps dont lun remis à messieurs
Hardy, Duperé et Gourand, nos députés avec un duplicata*
du procès verbal de notre dite assemblée, et lautre
joint à celui qui reste au greffe* pour y avoir recours au besoin,
le dix-neuvième jour de mars mille sept cent quatre-vingt neuf.
(Septième page)
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